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 Marchandage et complications

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Brand
Homme Lige

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♦ Peuple : Mi-Thuatann Mi-Ethérie, Clan Alaric
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♦ Localisation en Inwilis : Au coté d'Emaine
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MessageSujet: Marchandage et complications   Mer 24 Jan - 13:44

Brand n’avait pas prévu, ni pensé, que cette sortie serait aussi compliquée.

Ils étaient sortis par le portail de bois sur le côté, qui donnait accès aux écuries à l’arrière de l’auberge. Le lézard de Brand le suivait docilement, habitué suivre son cavalier, dardant parfois sa langue fourchue. Letty tenait sa monture par la bride, sa main presque crispée sur le cuir des rennes Le cheval remua ses oreilles, se contentant d’avancer, placide, presque indifférence. L’animal était de qualité, jeune. Peut-être en tireraient-ils un bon prix qu’ils pourraient réinvestir dans un lézard ou dans de l’équipement. Brand dépensait l’argent d’Emaine. Certes, l’argent provenait du salaire que lui versait le noble pour son service, et il avait aussi une partie de ce qu’il avait gagné en tant que bûcheron dans le Nord, mais il se sentait toujours comme un imposteur ou un voleur. Il soupira, passant une main dans ses courts cheveux argentés, du haut de son crâne à sa nuque. Au moins, il dépensait un argent gagné honnêtement, autrement que dans la guerre et le sang. Cela n’empêchait pas qu’il restait efficace quand il s’agissait d’utiliser une épée ou une hache face à des êtres de chair et de sang et les autres ne lui posaient pas de problème. Il porta, sans y prêter attention, sa main à la garde de son glaive court, et du pouce, le fit glisser et retomber dans son fourreau.

Dehors le ciel était couvert, uniformément gris, de ce temps qui ne savait trop s’il allait pleuvoir ou bien laisser le soleil pointer. La capitale de l’Empire de Morna était un terrain quasi-inconnu pour Brand. Des sonorités des langues jusqu’aux bâtiments, rien ne ressemblaient à ce que Brand connaissait. Sans attendre, il sortit la carte, repérant l’emplacement de l’auberge, marqué d’une croix de crayon. Il jeta un bref coup d’œil à Letty, qui semblait pâlir, même sous le glamour. Le grand Nordique se plia :

-Nous sommes ici, expliqua-t-il en pointant l’emplacement du doigt sur le plan, nous devons nous rendre –il traça le chemin du doigt – là.

En voyant l’expression du visage de son Sciath, il eut un sourire.

-Si tu comptes m’accompagner, autant te former à la lecture d’un plan. C’est le genre de chose qui peut s’avérer utile, non ? Skye t’a bien montré comment cuisiner. Je ne suis pas le meilleur cuisinier du monde, mais je sais faire d’autres choses.

Comme asséner un coup puissant pour broyer des membres et mutiler un adversaire, l’incapacitant à vie, quand il ne tuait pas sur le champ. Les muscles de sa mâchoire se contractèrent et il chassa ses pensées.

-Et si jamais un jour nous sommes séparés, mais que nous avons convenus d’un lieu de rendez-vous, lire une carte ou un plan te permettra de me rejoindre plus facilement. Cela n’arrivera pas aujourd’hui, ajouta-t-il, je ne compte pas te perdre.

L’idée d’avoir à supporter une séparation le répugnait. Il se souvenait de l’inconfort, du malaise, de cette envie de marcher jusqu’à être auprès de son Sciath. De l’agitation qui le laissait incapable de se reposer, d’attendre. Brand n’avait aucune envie de se retrouver une nouvelle fois dans cet état. Les enclos du maquignon recommandé par Geneus, Zuan-Min, se situaient au-delà de la porte Nord de la capitale. Depuis l’auberge, cela représentait un trajet conséquent. Il leur faudrait traverser la moitié de la cité. La porte Nord se trouvait à l’opposé de l’auberge. Brand avait du mal à appréhender la grandeur de la capitale impériale, mais il avait dans l’idée que ce voyage jusqu’à la porte Nord leur prendrait peut-être une heure de leur temps, même montés, s’il prenait en compte les grandes avenues, la population… Peut-être plus d’une heure finalement, s’il leur fallait manœuvrer dans une foule.

-En selle, à pieds cela prendrait trop de temps.

Brand aida Letty à se percher sur son cheval, tenant simplement les rennes de l’animal. Letty savait monter, il l’avait fait à plusieurs reprises pour fuir. A son tour, il enfourcha son lézard qui émit un son proche du hululement mais en plus guttural. Brand émit un son de bouche à son tour, et son lézard fit le fier.

-En route ?

Leur petite équipe s’ébranla, les sabots ferrés du cheval claquant sur les pavés, tandis que les griffes du lézard cliquetaient. Sous lui, Brand pouvait sentir les muscles de l’animal se mouvoir sous sa peau écailleuse. La puissance de l’animale était contenue, et il était ravi de n’avoir qu’à marcher au même rythme qu’un cheval.

La traversée de la capitale fut longue et pénible. S’ils bénéficièrent tout de même de l’heure matinale, les passants épars des rues comme celles de la Fiancée du Tigre se transformèrent une foule plus dense dans les grandes artères. A la foule s’ajoutait des chariots, des passants montés eux aussi, sans compter les étals, qui prenaient de la place, les chariots à porteur, comme des chars couverts et tirés par des hommes, transportant visiblement des gens d’importance, vêtus de soie. Une femme portant une coiffe d’où pendaient de longs fils perlés masquant son visage, l’impressionna. Brand se sentait petit, lui qui dépassait les Morniens quand il ne les égalait pas en taille. Il fit attention à Letty, autant possible. Son Sciath était mal à l’aise, semblant verdir plus que pâlir. Il prit alors garde à se tenir à côté de lui, ou bien légèrement devant, pour ouvrir la voie, se retournant pour s’assurer qu’il allait bien.
La vue de la porte Nord le rasséréna, le calvaire de Letty s’achèverait une fois qu’ils seraient sortis. Pour mieux recommencer quand ils devraient repasser la porte et revenir sur leurs pas. Ils leur restaient le marché et les deux marchands pour l’équipement, ainsi que plusieurs marchands pour les vêtements.
Brand déchanta en voyant l’afflux autour de la porte. Il se rapprocha de son Sciath.


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Letty
Anamchara

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MessageSujet: Re: Marchandage et complications   Mar 22 Mai - 11:34

Letty se tenait droit. Trop droit pour que ce soit confortable. Il était crispé, tendu malgré la présence rassurante de Brand qui chevauchait à côté de lui, ses yeux regardaient dans tous les sens de manière presque frénétique et sans qu’il y réfléchisse vraiment. Chaque mouvement inattendu le tendait un peu plus, chaque aboiement ou chien visible lui faisait perdre des couleurs et avoir une terrible envie de fuir. Il n’avait jamais été si loin, jamais été en dehors de l’auberge aussi longtemps après l’aube. Les rares sorties en compagnie de Geneus ou Skye avaient été faites alors que les rayons du soleil éclairaient à peine le ciel et les rues quasiment désertes.

Et même, il n’avait jamais été bien loin…

Il serrait la bride d’une main, sans jamais tirer dessus, il ne voulait pas perturber son cheval ou lui faire de mal. Enfin, il n’allait plus être à lui d’ici peu de temps. Il regrettait un peu de ne pas être descendu à l’écurie cette nuit, comme à chaque fois qu’il avait une terreur nocturne. Il aurait profité plus longtemps de son cheval. L’adolescent ne s’était pas imaginé qu’ils iraient le vendre ce matin même…



Si Feeleng, la jeune yokai aux attributs de serpents qui venait régulièrement s’occuper des chevaux aux écuries et qui lui parlait souvent –se faisant un devoir de lui parler pensait-il- lui avait expliqué que les chevaux étaient de véritables éponges, ressentant les émotions de leur maîtres comme si c’étaient les leurs et se laissant submerger par elle ; Letty pensait que son cheval, lui, ressentait sûrement ses émotions mais ne se laissait pas atteindre. Au contraire, il réagissait avec calme et restait impassible alors qu’il sentait son cavalier se crisper un peu plus, au lieu de se crisper à son tour. Letty se promit que s’il avait un jour l’opportunité de racheter sa monture, il le ferait et le garderait avec lui jusqu’à sa mort. En attendant, il devait le vendre et le laisser entre les mains de gens qui s’en occuperaient bien.



Quelques personnes le reconnurent, des clients réguliers de l’auberge, qu’il avait servi un jour, certains avec qui il avait parlés quelques minutes. Il leur avait fait un signe de main ou de tête, souriant d’une manière tendue. Dans l’auberge même, il était beaucoup plus confiant que lorsqu’il était arrivé, il osait parler aux gens, prendre quelques initiatives, là il ne se sentait plus aussi bien. Il n’y avait plus les murs pour le cacher, le protéger et l’entourer, Skye pour le rassurer d’un sourire, Geneus pour le rassurer à sa manière.

Il inspira profondément et regarda à côté de lui.



Il avait Brand « là », Brand qui ne permettrait pas que quelque chose lui arrive, qui le protègerait comme il l’avait protégé la nuit dernière contre ses démons et cauchemars. Son Loach avait été prêt à se battre contre l’invisible pour lui à ravager la chambre pour trouver la moindre ombre menaçante, furieux de le sentir si mal et vulnérable. Brand qui lui avait patiemment expliqué la carte et le moyen de se repérer dessus. Il n’avait pas vraiment compris, mais c’était comme l’écriture et la lecture, ça se travaillait et le guerrier lui avait souri quand il avait senti qu’il se demandait pour quoi il lui montrait ça. Il avait ajouté qu’il lui apprendrait, et qu’il ne comptait pas le perdre. Lui non plus ne comptait pas le perdre ou être séparé de lui, aujourd’hui comme à l’avenir.

Une vague de chaleur apaisante l’envahi à cette pensée et il se détendit quelques instants avant que des cris d’enfants se courant après le fasse sursauter de nouveau.



La traversée des grandes rues dans lesquelles des marchands sortaient leur étal fut difficile, tant pour manœuvrer que pour lui-même. Heureusement Brand ne quittait jamais son côté ou son regard, son lézard et sa stature imposante faisant s’écarter la foule.

L’ancien esclave se concentrait comme il le pouvait sur la direction de sa monture, regardant soit la crinière brune de l’animal, les cheveux argentés de Brand quand il était devait lui et jouant d’une main avec trois petites « pelotes » pour se détendre et penser à autre chose que la foule. Ces petites créatures, touffues, noires, toute rondes, sautaient sur sa main, se balançaient à ses doigts en utilisant leurs quatre petites pates qui ressemblaient à celles des fourmis. Leur grands yeux noirs étaient presque complètement invisible dans leurs poils, mais ils étaient bien présent : lorsqu’elles regardaient de côté on pouvait apercevoir un peu de blanc, comme un léger croissant de lune. Elles s’arrêtèrent en voyant Brand approcher et allèrent se cacher dans les cheveux de l’adolescent. Letty ayant présentement des cheveux noirs grâce au glamour, elles étaient parfaitement camouflées.



-Il y a du monde…



Sa voix lui fit l’effet d’un croassement tant elle était éraillée, comme celle de quelqu’un n’ayant pas parlé depuis des jours. Les gens se pressaient vers les portes pour entrer ou sortir, la foule était dense mais pas complètement compacte. Les citadins comme les voyageurs passaient doucement au compte goutte, d’autres personnes montées attendaient qu’on les laisse passer, les chariots passaient eux sur l’un des côté sans qu’on les dérange. Quelques chariots à porteur passaient en priorité sur les autres, mais la foule se refermait bien vite après leur passage. L’adolescent se demanda comme ils pourraient passer.

Brand le rassura, touchant son épaule et lui expliquant que ça irait mieux une fois qu’ils seraient dehors. Letty lui répondit avec un sourire un peu crispé, mais sincère.



***

Son cheval galopait avec plaisir, pouvant enfin courir après ces temps d’inactivité. Ses sabots martelaient le sol, soulevant des volutes de poussière et de sable, il avait le cou tendu, la tête droite, les oreilles baissées. Ses pattes se tendaient à chaque foulée et se détendaient rapidement. Il filait sous la commande de celui qui le montait, appréciant que la bride ne soit que peu tendue, lui laissant le champ libre. Déjà six fois qu’il faisait le tour de cet immense manège légèrement sablonneux. A chaque fois qu’il passait devant lui, Letty ne pouvait s’empêcher de lui faire un sourire, bien qu’un peu triste. L’animal semblait heureux de pouvoir se dégourdir les pattes, l’adolescent pouvait presque le sentir et culpabilisa encore un peu de ne pas avoir eu le courage et prit le temps de le faire lui-même avant aujourd’hui. Son cheval sembla visiblement déçu quand l’employé des écuries le fit s’arrêter, mais il s’exécuta, renâclant.




-C’est une bonne bête. Par contre ça se voit qu’il n’a pas couru depuis quelque temps, mais il est jeune, il va reprendre la main très vite.



Celui qui parlait, c’était Zuan-Min, le propriétaire, celui que Geneus leur avait recommandé. C’était un Mornien pure souche, à la peau d’un caramel foncé, tannée par le soleil, les yeux bridés et noirs, de taille moyenne et des cheveux commençant à grisonner. Il observait l’animal depuis les barrières, appuyé dessus. Brand n’était pas loin de lui, Letty était un peu plus en retrait. Le cheval fut mené au pas, quelques instants, avant d’être complètement arrêté. L’employé descendit et le mena par la bride jusqu’à la sortie.

Le mornien avait déjà regardé l’animal sous toutes les coutures, pattes, flanc, oreilles, dents. Cet examen ne fut pas sans rappeler de mauvais souvenirs à Letty. Il ressemblait tellement à celui que passaient les esclaves pour s’enquérir de leur santé et de leur condition physique. Il avait eu un frisson désagréable en y pensant, se souvenant des mains qui l’avait parcouru pour s’assurer qu’il n’était ni malade ne « défectueux ». Brand avait esquissé un mouvement de main mais avait préféré s’abstenir et simplement se mettre à sa hauteur, protecteur, rassurant. L’adolescent lui en fut reconnaissant.




-Bon, bien sûr il faudra changer ses fers, limer ses dents et l’entraîner un peu pour qu’il puisse être en forme avant de pouvoir être loué. Vous souhaiteriez en obtenir combien ?


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Brand
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MessageSujet: Re: Marchandage et complications   Ven 1 Juin - 16:24

Traverser Hitokage ne fut pas une partie de plaisir, et cela leur prit une partie de la matinée. Ils avaient quitté l’auberge à une matinale, évitant la foule, mais Brand ne connaissant pas bien la capitale et malgré la carte, ne put que prendre les grandes avenues pavées. La matinée avançant, les rues, les avenues se remplirent de monde. Hitokage ne dormait jamais, comme la plupart des grandes cités, mais il y avait des instants de répits qu’il ne fallait pas manquer. Leur progression ralentit considérablement alors que les commerçants ouvraient leurs échoppes, que d’autres moins fortunés pour se payer un local, installaient leurs étals sur le bord des grandes avenues, que des chariots remplis de balles de soie se dirigeaient vers des ateliers de coutures, sans compter la foule, qui allant travailler, ceux aux travaux ingrats se reconnaissaient aux tenues sobres, chapeaux de pailles tressées et à leur baluchons, les marchands plus ou moins riches, dont les tenues imitaient les tenues luxueuses des plus riches, dont les serviteurs courraient déjà partout. Le bruit aussi, fut plus fort, avec l’activité croissante. Hitokage, qui dans une aube fraîche semblait presque paisible, s’ébrouait avant de se réveiller complètement. Sur le dos de son lézard, Brand prit garde à escorter Letty, une manœuvre à laquelle il était habitué. Le garçon, portant toujours son déguisement magique, qui le faisait passer pour un adolescent Mornien, avait l’air mal à l’aise sur le dos son cheval. Ce dernier semblait plutôt ravi de se promener. Brand songea que le pauvre animal n’avait pas du sortir beaucoup depuis l’arrivée de Letty.

Letty. Brand devait avoir l’air patibulaire pour que la foule s’écarte devant lui, les contournant d’abord quand il n’y avait que quelques passants éparts, puis se fendant comme l’eau devant la proue d’un navire alors qu’ils traversaient les grandes avenues. Il remarqua qu’il fronçait légèrement les sourcils, qu’il était tendu, vigilant, se sentant prêt à réagir à la moindre menace. Sans le vouloir, sa main avait glissé sur le pommeau du glaive court qu’il portait à la taille. Brand identifia rapidement sa nervosité comme provenant de son Sciath. Le lien d’anamchara ne cessait de lui brouiller l’esprit et d’influencer sur ses sens. Il devait impérativement apprendre à ne plus se laisser influencer, ou il finirait pas commettre l’irréparable, son entrainement de Alaric le poussant à réagir avec une lame. En étant aussi peu dans le contrôle, on finissait par commettre des erreurs. Il devrait s’en ouvrir à Emaine. Brand se força à reposer les mains sur les rennes de son Lézard. L’animal était haut, long, doté d’une queue puissante, et d’une grosse tête bordée d’une collerette, pouvant s’ouvrir, et de deux petites cornes sur le haut de son crâne. A coté, Letty et son cheval avaient l’air petit. Letty était nerveux, tendu, si Brand tendait ses sens, il pouvait sentir l’angoisse suinter, teindre leur lien. Il sentait tout, chaque fois que Letty tressaillait de peur, chaque fois qu’il s’emballait. Brand avait voulu faire sortir Letty, le confronter au monde, en sa présence, que le monde lui paraisse moins hostile avec son Loach à ses côtés, mais peut-être s’était-il montré présomptueux. Il se sentait impuissant à calmer son Sciath, même s’ils étaient proches. La colère commençait à poindre, pas seulement générée par son statut de Loach, mais aussi parce qu’il allait finir par haïr ce lien qui l’empêchait de garder le contrôle de lui-même. Il devait impérativement en parler à Emaine. Pas plus qu’il ne devait perdre son objectif. Il devait rester concentrer, et même si ton son être semblait se rebeller à cette pensée, il devait ignorer ce que ressentait Letty pour l’instant. Pas au milieu de cette foule.
Un groupe d’enfants passa à coté d’eux, vêtus de toile, chapeaux de paille sur la tête, petits sacs de toile à la main, chaussés de ces sandales de bois tant utilisées dans l’Empire, courant vers les portes de la cité. Ceux-là iraient probablement aider aux champs, ou dans un atelier quelconque. Aux portes, grandes ouvertes, imposantes, deux chariots pouvaient se croiser de front. Entre les chariots vides et ceux pleins, se pressait une foule assez dense, à pieds ou montées. Ils durent patienter, une véritable épreuve pour leurs nerfs à tous les deux. Letty s’agitait de plus en plus, et Brand peinait à ne pas descendre de son lézard pour le prendre et l’emmener loin d’ici. Le grand Nordique finit par descendre de son lézard, et força Letty à faire de même. Coincés entre le reptile géant et le cheval, Brand espéra que Letty se sentit plus en sécurité. Il posa la main sur une épaule frêle mais aux muscles tendus.

-Tout ira bien, un peu de patience et nous serons dehors. Une fois passé les portes, ce sera plus facile, tu verras.

aBrand garda sa main posée sur l’épaule de Letty tout le temps que dura l’attente, tenant dans l’autre la bride de sa monture. La main de Letty tenant la longe du cheval était si crispée que ses articulations blanchissaient.
Les gardes de la porte finirent par mettre de l’ordre dans ce bazar, et la foule ne se pressa plus comme une meute de chien affamée. La porte s’ouvrait sur une route pavée, comme on trouvait partout dans l’Empire et comme on en trouvait au Nord, vestiges de la gloire de l’Empire de Tiern. Les bords de la route n’étaient que terre dénudée par le passage de centaines de pieds, sabots et roues chaque jour. Derrière eux, les murailles se dressaient hautes et imposantes, presque vertigineuses. Elles étaient le premier rempart de défense. Elles étaient récentes, quatrième ou cinquième mur à être construits pour pouvoir englober toute la capitale. A l’intérieur de la cité, sur leur trajet, Brand avait remarqué d’anciens murs, contre lesquels s’appuyaient à présent des bâtiments, certaines portes étaient même traversées par les grandes avenues, formant des arches. Il avait noté la présence de légionnaires en armure en haut de ses murs. L’Empire était une gigantesque machine de guerre, et son histoire marquée par les conflits laissaient des traces partout. Ils croisèrent une patrouille alors qu’ils quittaient la route impériale, bifurquant après quelques minutes à dos de monture, sur un large sentier de terre battue, pour rejoindre le maquignon recommandé par Geneus.

***

La main de Zuan-Min était vigoureuse, pleine de calles, signe d’une vie de travail en extérieur. La poignée de main que Brand échangea avec lui était énergique. La boutique du maquignon avait des allures de petites fermes. Une masure de taille modeste, bordée d’une longue terrasse de bois, au bout de laquelle se dressait un étal couvert, devait être la demeure du marchand. Des bâtisses longues en bois reconnaissables à l’odeur comme étant des écuries, s’étendaient entre manèges et enclos. Les hululements des reiths, montures morniennes par excellence, emplissaient l’air. Des plumes brunes et blanches voletaient ça et là. Alors qu’ils avançaient, ils croisèrent un énorme reith noir, qui claqua des mâchoires à leur adresse. Son palefrenier tira d’un coup sec sur sa longe, forçant l’animal à arrêter son cirque. Le maquignon semblait prospéré, puisqu’il avait bon nombre d’employés pour s’occuper d’équidés, de reiths, et de reptiles. Le son d’une forge que l’on frappe venait ponctuer régulièrement les bruits ambiants, comme une horloge parfaitement réglé. De la fumée plus loin indiquait l’emplacement d’une forge. Brand révisa son jugement quant à la taille de l’exploitation de Zuan-Min.
Ils trouvèrent le marchand en suivant les indications d’un de ses employés. Chaleureux, l’homme prit un air sérieux quand il dut examiner le cheval. Brand savait qu’il en tirerait un bon prix, mais que l’inactivité et le manque d’un véritable entretien baisserait son prix. Le malaise de Letty fut comme s’il était soulevé par une vague. Brand voulut à nouveau toucher son Sciath, mais il se contenta de rester à coté de lui. Il sentit du soulagement et de la gratitude provenir de lui. Zuan-Min interpréta la tension de Letty comme du chagrin et de l’appréhension à l’idée de quitter son cheval.

-T’en fais pas gamin, je vais le faire galoper un peu, voir comment il se débrouille, et ensuite, on verra.

Il avait beuglé un nom et une jeune mornienne au corps maigre et sec, aux traits si anguleux que Brand la prit d’abord pour un garçon, sauta la barrière du manège et s’occupa de cheval. Elle le monta, sans mettre les pieds aux étriers, et lui fit faire plusieurs fois le tour du manège. Elle poussa le jeune cheval au galop plusieurs fois, et l’animal semblait ravi. Zuan-Min observa la scène appuyé contre la barrière.

-C’est une bonne bête, commenta-t-ill, par contre ça se voit qu’il n’a pas couru depuis quelque temps, mais il est jeune, il va reprendre la main très vite.

La mornienne démonta et fit faire un dernier tour au pas au cheval avant de s’immobiliser devant son patron.

-Bon, bien sûr il faudra changer ses fers, limer ses dents et l’entraîner un peu pour qu’il puisse être en forme avant de pouvoir être loué. Vous souhaiteriez en obtenir combien ?

Brand songea que Zuan-Min annonçait déjà la couleur en mentionnant les soins qu’il devrait apporter à l’animal avant de pouvoir en tirer des profits. Le Mornien n’avait pas tort cependant. Le Nordique savait qu’il n’allait pas tirer un prix avantageux du cheval, en tout cas, rien qui ne puisse couvrir le prix d’un lézard ou même d’un reith. Le prix couvrirait probablement une partie des achats pour l’équipement et les vêtements.

-Une soixantaine d’empereur d’or, répondit Brand presque immédiatement, plus dix pour l’équipement. La selle, le harnais et les rennes sont neufs.

Les yeux gris de Brand croisèrent ceux du Mornien. Malgré sa nonchalance, Zuan-Min était prêt à négocier, et son sourire amicale cachait probablement le sourire d’un requin.

-Soixante-dix ?

Le Mornien frotta son menton barbu d’une main, regardant à nouveau l’animal. Brand s’empêcha de sourire. Le cheval de Letty valait probablement une quarantaine d’empereur d’or, pas plus, et l’équipement valait la moitié du prix qu’il avait annoncé. L’hésitation de Zuan-Min était palpable, de même que son refus probable.

-Soixante-dix empereur d’or oui. Mais j’aimerai ensuite voir vos lézards et l’équipement qui va avec. Mon compagnon aura besoin de sa propre monture.

Cette fois, l’œil du marchand se mit à pétiller. Son sourire se fit plus large, et alors qu’il avait semblé se fermer, il avait à nouveau l’air avenant.

-Ah voilà, qui est une autre histoire, mais…

-Je sais que le prix du cheval couvrira à peine la moitié du prix du lézard et de la sellerie. Mais j’ai de quoi payer.



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